Pourquoi, me disais-je, éprouverais-je une émotion si douloureuse, si profonde, pour quelques paroles insignifiantes?

Elles cachent donc quelque perfidie, quelque trahison?

Encore sous l'impression de la cruelle scène à laquelle j'avais assisté la veille, je voulus voir, dans la crainte qui m'agitait, une révélation divine semblable à celle qui avait éclairé si vainement madame Sécherin sur la conduite coupable de ma cousine.

Je ne puis dire avec quelle angoisse, avec quelle anxiété j'attendis le second tour de promenade qu'allaient faire Gontran et Ursule.

Un moment je rougis de honte en songeant à quel ignoble espionnage je descendais; je fis même un mouvement pour m'en aller, mais une funeste curiosité me retint.

Je les entendis se rapprocher de nouveau.

Mon cœur commença de bondir avec force, on eût dit que chacun de ses battements se réglait sur le bruit léger et mesuré de leurs pas.

Cette fois j'entendis la voix de Gontran.

Oh! je la reconnus, cette voix d'un timbre si charmant; il parlait, ce me semble, avec une expression remplie de grâce, et tellement bas que je n'entendis que ces mots:

Vous souvenez-vous, dites, vous souvenez-vous? Oh! vous étiez si...