Le vieux domestique fit entrer madame Blondeau dans le grand salon où, deux mois auparavant, le colonel avait reçu Gaston et Alfred.

La physionomie de Stok, ainsi se nommait cet ancien serviteur, avait perdu son expression rébarbative.

—Comment se porte M. le marquis?... non, M. le colonel, veux-je dire, puisque votre maître préfère qu'on l'appelle ainsi.

—Toujours de même, madame Blondeau; le corps est de fer, mais la tête est faible; quelquefois monsieur passe des journées à pleurer comme un enfant... Lui pleurer!... lui..., on m'eût dit cela, il y a un au, voyez-vous, que je ne l'aurais jamais cru!... et puis presque toutes les nuits... et Stok soupira.

—Toujours au cimetière? juste ciel!

—Toujours, madame Blondeau... c'est à fendre l'âme...

—Et le reste du temps, monsieur Stok?

—Il rêve, il se désole, il se promène dans la petite chambre carrelée qu'il habite. Elle est cent fois plus froide, plus humide que les autres, car elle servait de salle de bains. Eh bien! on dirait que monsieur l'a choisie exprès, parce qu'elle est la plus mauvaise de l'hôtel. Tenez, madame Blondeau, il y a quelque chose qui a l'air d'un enfantillage, et pourtant les larmes me viennent aux yeux quand je vois cela.

—Quoi donc, monsieur Stok?

—Depuis six mois que nous habitons cette maison, à force de marcher dans cette petite chambre, de la porte à la fenêtre, et de la fenêtre à la porte, toujours dans le même endroit, mon maître a tellement usé le carreau, qu'on y voit creusée la trace de ses pas.