Un quart d'heure après, madame Blondeau entra dans la chambre du colonel... Il était debout, vêtu d'une longue pelisse turque, de couleur foncée. La fenêtre basse, au travers de laquelle on voyait une allée de marronniers aux troncs noirs et dépouillés, jetait un jour douteux dans l'appartement.

L'espèce de contraction douloureuse qui donnait à la figure du colonel une expression dure, et pour ainsi dire pétrifiée, sembla diminuer un peu lorsqu'il vit madame Blondeau; ses traits se détendirent.

—Comment se porte Mathilde?—dit-il avec un accent rempli de douceur et de bonté.

—Hélas! monsieur... Madame est toujours bien accablée.

Et la voix de la pauvre vieille femme s'altéra; ses yeux se remplirent de larmes.

—Pardonnez-moi, monsieur,—dit-elle;—c'est que je ne puis entendre prononcer ce nom sans me sentir tout émue.

—Je l'appelle ainsi devant vous de son nom de jeune fille, parce que vous l'avez élevée, parce que vous lui avez été dévouée comme une mère...

—Ah! monsieur... je ne mérite pas... je ne suis qu'une domestique.

—Ce n'est rendre justice ni à vous, ni à elle, que de parler ainsi... Je sais votre conduite; je sais aussi que Mathilde l'apprécie comme elle le doit. Bonne et excellente femme que vous êtes... Mais que voulez-vous?

—Madame m'a priée de vous apporter ces papiers, ne voulant pas les confier au hasard de la poste. Elle m'a bien recommandé de vous dire encore, monsieur, qu'elle ne vous demande pas de lui répondre. Vous lirez cela... quand vous voudrez, m'a dit madame; elle sait...