—Vous souvenez-vous de ce que vous nous disiez, cousine? venez à Paris, nous ne ferons qu'une famille... l'hiver à Paris, l'été à Maran ou à Rouvray; eh bien! ces beaux projets qui vous plaisaient tant et à nous aussi..., ils vont être réalisés, nous ne nous quitterons plus... Tous les ans j'irai voir maman, je vous laisserai Ursule; je me suis fait arranger un pied-à-terre à ma fabrique. Maintenant nous venons vous demander ici l'hospitalité jusqu'à ce que nous partions ensemble pour Paris. Afin de ne pas laisser mon temps et mon argent sans emploi, je prendrai un intérêt dans la maison de banque d'un de mes amis, maison bien sûre, puisqu'elle a résisté à l'épreuve de la révolution de juillet. Ça m'occupera pendant mon séjour à Paris. Seulement, dans quelque temps, je vous quitterai pour un petit voyage. Il s'agit d'une ferme que l'on me propose d'acheter et que je veux visiter. Pendant ce temps-là, vous et Ursule vous conviendrez de tout pour notre établissement à Paris; autant nous avoir pour locataires que des étrangers, n'est-ce pas, cousine? Mais au fait, non, les femmes n'entendent rien aux affaires, j'arrangerai tout avec M. de Lancry. Eh bien? cousine, avouez que vous ne vous attendiez pas à cela... et que nous vous ménagions une fière surprise...

M. Sécherin était peu clairvoyant; il ne s'aperçut pas de ma stupeur.

Ma position devenait d'autant plus pénible, qu'en effet, alors que j'avais une foi aveugle dans l'amitié d'Ursule, je lui avais fait cette proposition, en la suppliant de l'accepter.

Interprétant mon silence à sa manière, M. Sécherin s'écria:

—Eh bien! vous n'en revenez pas! J'en étais sûr, vous ne nous croyez pas capables de cela.

—En effet, mon cousin, j'étais loin d'espérer...

—Que nous nous ressouviendrions de tes offres, ma bonne Mathilde?... Ah! c'était faire injure à moi d'abord et à mon mari ensuite, dit Ursule d'un ton de gracieux reproche.

Ne voulant pas éclater avant d'avoir eu avec elle la conversation que je désirais avoir, d'après les conseils de madame de Richeville, je répondis assez embarrassée:

—Sans doute j'espérais cette bonne fortune, mon cher cousin; mais je ne comptais pas qu'elle fût si prochaine, et je suis ravie de cet empressement de votre part.

—Et je vous crois, cousine, parce que vous le dites... Oh! je vous connais; vous n'êtes pas de ces femmes qui disent oui quand elles pensent non. Maman me le répétait toujours: «Madame de Lancry, c'est la vérité, c'est l'honneur en personne; ce qu'elle dit, c'est parole d'Évangile.» N'est-ce pas, Ursule?