—Voici bientôt l'heure du dîner, ma chère Mathilde; veux-tu avoir la bonté de faire demander ma femme de chambre... pour qu'on nous conduise à notre appartement?

—Ah! oui, et fais-toi belle; tu as apporté de si charmantes toilettes. Figurez-vous, cousine,—dit M. Sécherin,—qu'elle avait tant de caisses et de cartons, que j'ai été obligé d'acheter un fourgon à Tours pour apporter tout cet attirail, y compris Célestine, mademoiselle Célestine, veux-je dire, une femme de chambre comme il n'y en a pas, dit-on, et que ma femme a fait venir de Paris. Il est vrai de dire qu'elle coiffe dans la perfection des perfections.

Ces préparatifs de coquetterie de la part d'Ursule augmentèrent encore mes soupçons; je ne pus m'empêcher de lui dire avec assez d'aigreur:

—Mon Dieu! pourquoi donc as-tu fait tant d'apprêts? comment, pour venir passer quelque temps avec nous qui ne voyons personne!... Mais, en vérité, on dirait que tu as de grands projets de conquête; je ne sais qui tu veux séduire ici. Cela devient très-inquiétant,—ajoutais-je d'une voix altérée en m'efforçant de sourire.

Ursule ne me répondit rien; mais elle me montra M. Sécherin d'un geste de tête d'une coquetterie charmante, et me dit avec la candeur la plus merveilleusement simulée:

—Mon Dieu! je veux séduire mon mari... voilà tout.

M. Sécherin ne put résister à cette attaque; il saisit la main de sa femme, la baisa tendrement à plusieurs reprises, et s'écria:

—Est-elle gentille et naturelle!... hein, cousine, l'est-elle? Mais elle a raison. Vous oubliez donc vos leçons quand vous me disiez: «Mon cher cousin, c'est surtout pour son mari qu'une femme doit se parer, faire des frais, et, vice versâ, qu'un mari doit se parer, doit faire des frais surtout pour sa femme.» Ah... ah... cousine, nous n'oublions pas vos conseils, allez! soyez tranquille. Aussi je vais imiter Ursule, et vous demander la permission d'aller me faire pour elle le plus beau que je le pourrai... car, vous l'avez dit, dès qu'un mari se néglige, c'est une preuve qu'il n'aime plus sa femme d'amour, et quand il n'aime plus sa femme d'amour...

—Toute chose peut s'exagérer,—dis-je à M. Sécherin en l'interrompant, car Gontran pouvait rentrer d'un moment à l'autre, et j'aurais été profondément humiliée de laisser deviner à Ursule avec quel dédain mon mari me traitait depuis quelque temps.

Je repris donc: