—Mais, encore une fois, vos soupçons n'ont pas le sens commun; réfléchissez donc que c'est m'accuser sans raison, que c'est vous tourmenter sans motif.
—Vrai? bien vrai? Gontran, soyez généreux! rassurez-moi... j'ai tant de frayeur.
—Pauvre Mathilde...—me dit Gontran avec une dignité touchante,—je ne vous parlerai plus de mon amour, vous ne me croiriez plus peut-être; mais je vous dirai que M. Sécherin, notre parent, vient habiter chez nous, et que je serais un misérable si je songeais seulement à abuser aussi lâchement de l'hospitalité que nous lui offrons.
Je serrai la main de Gontran dans les miennes, ces simples et nobles paroles me redonnèrent du courage.
Ursule et son mari rentrèrent. Je trouvai ma cousine si jolie, si fraîche, si rose, ses yeux étaient à la fois si doux et si brillants, son sourire si fin et si agaçant, sa taille si accomplie, que je jetai les yeux sur une glace placée en face de moi pour me comparer avec Ursule.
Hélas! je remarquai avec douleur que j'étais pâle, que mes traits étaient changés, flétris, languissants, car depuis quelque temps je me trouvais souffrante, j'éprouvais toujours un malaise vague, un accablement douloureux que j'attribuais au chagrin et qui augmentait sans cesse. Pour la première fois, je m'aperçus que mon visage avait déjà perdu cette première fleur de jeunesse qui rendait les traits d'Ursule si enchanteurs.
Le dîner fut très-gai, grâce a mon mari qui y mit beaucoup d'enjouement et d'entrain. Ursule était visiblement gênée, elle craignait de paraître trop gaie à mes yeux et de perdre ainsi son prestige mélancolique; d'un autre côté, elle regrettait de ne pouvoir se montrer à Gontran sous un jour plus brillant. A la fin du dîner, M. Sécherin en revint à sa malheureuse proposition.
—Mon cousin,—dit-il à M. de Lancry,—je soutenais tout à l'heure à madame de Lancry que ma femme était capable de monter n'importe lequel de vos chevaux.
—Comment, madame, vous montez à cheval?—dit Gontran avec étonnement.—Mais c'est une bonne fortune pour nous, j'oserais presque dire pour vous; car les environs de Maran sont délicieux, et je suis charmé de pouvoir vous offrir cette distraction.
—Mais, mon ami,—dis-je à mon mari,—vous n'avez pas de chevaux de femme... car vous savez que vous n'avez jamais voulu me permettre de vous suivre à la chasse. Et ce serait une grande imprudence que d'exposer Ursule à...