Ceci est un peu l'histoire de votre domination en général,—dit Gontran en souriant,—et vous nous domptez, nous autres hommes, à peu près selon les mêmes principes et par les mêmes moyens... Mais, mon Dieu! qu'avez-vous donc, ma chère amie?—me dit M. de Lancry en voyant l'altération de mes traits, car le triomphe d'Ursule, l'admiration que Gontran lui avait témoignée, me faisaient un mal affreux.

—Je n'ai rien, mon ami; seulement l'exemple d'Ursule m'encourage, et à compter de demain je veux absolument monter à cheval.

—Mais vous n'avez jamais essayé, ma chère amie, et puis je crois que vous n'avez pas beaucoup de dispositions, vous êtes trop timide...

—Je vous dis que j'y monterai, quand bien même je devrais être tuée sur la place!—m'écriai-je.

—Bien, bien, nous reparlerons de cela,—me dit Gontran,—mais partons pour le rendez-vous de chasse, car il est déjà tard. Ma cousine, je suis à vos ordres.

—Nous nous reverrons tout à l'heure; adieu, Mathilde,—dit Ursule en me faisant un signe de la main.

—Ne faites pas d'imprudence, ma bonne petite femme... monsieur de Lancry, je vous la recommande!—s'écria M. Sécherin.

—Soyez tranquille, mon cher cousin,—dit mon mari,—quand on est si légère, si adroite et si hardie, on ne risque jamais rien.

Ursule et Gontran partirent au petit galop, côte à côte, sur une pelouse de gazon qui prolongeait l'allée où marchait notre voiture. Pendant quelque temps, nous les accompagnâmes. Je les suivis des yeux autant que je le pus; mais ils disparurent bientôt dans une allée sinueuse où la calèche ne pouvait passer, et je les perdis de vue.

Tous ces détails sembleront puérils à ceux qui ne connaissent pas les innombrables angoisses de la jalousie et les cuisantes blessures de l'amour-propre offensé. Pourtant cette scène, en apparence si insignifiante, me bouleversa tellement, que je fus sur le point de commettre une action infâme... de dénoncer à M. Sécherin la conduite d'Ursule, de lui faire partager mes soupçons contre sa femme.