En me rappelant cette soirée si fatale et si enivrante où j'avais acquis et la certitude de l'infidélité de Gontran, et la certitude que j'étais mère, je fus étonnée de la sérénité profonde, ineffable qui vint remplacer les poignantes émotions qui naguère encore m'avaient cruellement agitée.

Je ne pouvais douter que Gontran ne m'eût trompée... pourtant je me sentais pour lui d'une mansuétude infinie, d'une indulgence sans bornes.

Mon mari avait cédé à un goût passager; c'était une faiblesse, une faute: mais il était le père de mon enfant; mais c'était à lui que je devais la nouvelle et céleste sensation que j'éprouvais...

Ces pensées éveillaient en moi un mélange inexprimable de tendresse, de dévouement, de respect et de reconnaissance, qui ne me laissait ni la volonté ni le courage d'accuser Gontran de ses erreurs passées...

Quant à l'avenir... oh!... quant à l'avenir, cette fois je n'en doutais plus.

La révélation que j'allais faire à mon mari m'assurait, je ne dis pas, son amour, ses soins empressés, sa sollicitude exquise, mais encore une sorte de tendre et religieuse vénération de tous les instants.

Oui, c'était plus qu'une espérance, plus qu'un pressentiment qui me garantissait un avenir auprès duquel ces quelques jours de bonheur passés à Chantilly et toujours si regrettés devaient même me paraître pales et froids...

Oui, j'avais dans mon bonheur à venir une foi profonde, absolue, éclairée, qui prenait sa source dans ce qu'il y a de plus sacré parmi les sentiments divins et naturels.

Dans ce moment où Dieu bénissait et consacrait ainsi mon amour... douter de l'avenir c'eût été blasphémer.

Dès lors je ressentis pour Ursule une sorte de dédain compatissant, de pitié protectrice.