La gaieté de mademoiselle de Maran m'effrayait; son rire aigre et strident annonçait toujours quelque méchanceté.
Selon son habitude, ma tante avait, en entrant, mis ses lunettes, quoiqu'elle n'eût ni à lire, ni à travailler; mais elles lui servaient, pour ainsi dire, à cacher son regard: à l'abri de leurs verres, elle pouvait observer à son aise sans être remarquée.
Je m'aperçus que, tout en causant, elle examinait attentivement la figure de mon mari et la mienne.
—Et Ursule,—dit mademoiselle de Maran,—avez-vous de ses nouvelles?
—Elle est ici depuis quelques jours avec son mari, madame,—lui répondis-je.
—C'est-y possible? Comment! nous sommes donc tout à fait en famille? Mais voyez donc comme j'arrive à propos. Mais où est-elle donc, cette chère fille?
—Elle se promène avec M. Sécherin; elle va bientôt rentrer, je l'espère,—dit Gontran.
—Elle se promène avec son mari!—s'écria mademoiselle de Maran,—et je vous trouve ici avec votre femme, Gontran! Mais c'est la terre promise des ménages que cet endroit-ci, mais c'est pharamineux, mais c'est une manière de vie patriarcale tout à fait attendrissante... Elle se promène seule avec son mari! comme c'est bien à elle! car il est bête comme une oie, son mari, et il a autant de conversation qu'une autruche... Mais, dites donc, mes enfants, est-ce qu'ils s'accordent toujours entre eux la mignarde et touchante réciproque de Bellotte et de Gros-Loup?
—Vous trouverez Ursule fort changée, madame,—dis-je à mademoiselle de Maran en souriant avec amertume.
—Changée! est-ce qu'elle n'est plus jolie comme autrefois?