—C'est de la façon de ce monstre de Robin des Bois! répéta monsieur Godet le cadet, véritable écho de son frère.

—Bon Dieu du ciel! racontez-moi donc vite comment cela vous est arrivé!—s'écria madame Lebœuf frémissant d'impatience.

—C'est bien simple, ma chère madame Lebœuf, dit l'ex-employé.—Il fallait en finir avec cet aventurier, ce vagabond, ce coureur, qui se tapit dans sa tanière comme une véritable bête farouche. (Et si je l'appelle bête farouche, je n'attaque en rien ni son honneur ni sa moralité; seulement je pose cette simple question: «S'il ne faisait pas du mal ou s'il n'en avait jamais fait, pourquoi se cacherait-il comme une véritable bête farouche?»)

Après cette triomphale parenthèse, M. Godet l'aîné écarta de nouveau le bandeau de son œil gauche.

—Au fait, pourquoi se cacherait-il?—répétèrent les habitués attentifs.

—Mais voilà bien le gouvernement,—reprit M. Godet avec amertume;—il sait traquer, trouver, arrêter des conspirateurs; mais quand il s'agit du salut, de la tranquillité de paisibles bourgeois, serviteur de tout mon cœur! il n'y a pas plus de sergents de ville ou de commissaires de police que chez les sauvages!

—Que chez les sauvages,—répéta M. Godet puîné.

—Dans les dangereuses conjonctures où nous nous trouvions, abandonné à mes propres forces, ma pauvre madame Lebœuf,—reprit M. Godet l'aîné,—qu'ai-je fait, qu'ai-je dû faire? Le voici. Je me suis dit:—Godet, tu es un honnête homme, tu as à accomplir un devoir, un grand devoir; fais ce que dois, advienne que pourra, Godet... Il y a dans ton voisinage un vagabond, un aventurier, un coureur qui, à la face de toute une rue, de tout un quartier, ose se celer effrontément, depuis des semaines, depuis des mois, sans que le gouvernement fasse rien pour mettre un terme à ce scandale public!!!

—Le fait est que c'est un scandale!—dit madame Lebœuf;—il est impossible de savoir ce que font des voisins qui ne se montrent jamais. Alors on est bien forcé d'en dire du mal!

—C'est un affreux scandale!—reprit M. Godet l'aîné:—je ne le dis pas seulement, je le prouve: il est évident, il est palpable que cet aventurier fait litière de la manière de penser de ses concitoyens, en s'obstinant a échapper à leur appréciation sévère, mais équitable. L'homme propose... Mais Dieu dispose...