Elle dit à mademoiselle de Maran et à moi qu'elle avait voulu sortir du parc et qu'elle s'était à demi égarée dans la forêt; mais, que trouvant le temps magnifique, elle avait voulu profiter d'une des dernières belles journées d'automne: elle s'était amusée à cueillir des fleurs, et n'avait songé à retrouver son chemin qu'après avoir fait au moins une grande lieue. Un bûcheron, auquel elle s'était adressée, l'avait rencontrée, et l'avait ramenée jusqu'au château.
Ce récit, fait simplement, naturellement, dissipa ma défiance, si justement éveillée.
Je crus d'autant plus à ce que disait Ursule, qu'environ une demi-heure après son retour, au moment où le courrier venait d'apporter nos lettres, le garde qui avait accompagné mon mari vint me dire de sa part que sa chasse s'était prolongée plus qu'il ne l'avait pensé, que je fusse sans inquiétude, qu'il reviendrait le soir pour dîner.
J'interrogeai ce garde; il me dit n'avoir quitté mon mari que depuis une heure environ, à l'étang des Sources, où il chassait encore.
Ces renseignements me rassurèrent complétement.
J'attachais tant de prix à voir mon mari avant Ursule, que de nouveau je recommandai à Blondeau de guetter son arrivée et de le conduire chez moi en lui disant que j'avais à lui parler des choses les plus importantes.
Cet ordre donné, je rentrai au salon.
Je trouvai mademoiselle de Maran lisant avec attention les lettres qui venaient de lui arriver de Paris.
Je ne sais si elle s'aperçut ou non de ma présence, mais elle ne quitta pas des yeux les lettres qu'elle lisait, et s'écria plusieurs fois avec les marques du plus grand étonnement:
—Ah! mon Dieu... mon Dieu... qui est-ce qui aurait cru cela? on lui aurait donné le bon Dieu sans confession. Qu'est-ce que cela va devenir?... faut-il le prévenir?... faut-il lui cacher? c'est terrible!...