—Tant mieux, tant mieux; car il n'est pas temps... Ah! mon Dieu, mon Dieu, c'est-y donc possible!—reprit mademoiselle de Maran en levant les mains au ciel.

—Vous semblez préoccupée, madame... Je vous laisse,—lui dis-je.

—Je semble préoccupée... je le crois bien, il y a de quoi, vous n'en saurez que trop tôt la raison.

—Cette lettre peut donc m'intéresser, madame?

—Vous intéresser? vous intéresser... plus que vous ne le pensez. Hélas! vous m'en voyez tout abasourdie... toute je ne sais comment, de cette nouvelle! Mais je ne puis encore y croire... non, non; n'est-ce pas que vous êtes incapable de cela?

—Mais de quoi, madame? sont-ce de nouvelles inquiétudes que vous voulez me donner! De grâce, expliquez-vous.

—Que je m'explique! est-ce que c'est possible en l'absence de votre mari? Il faut l'attendre... Et encore je ne sais si j'oserai... Dites donc, est-ce qu'il est toujours violent comme on dit qu'il était avant son mariage? C'est qu'alors il faudrait de fameux ménagements.

Je regardai fermement ma tante.

—J'aurais été bien étonnée, madame, que votre arrivée ne fût pas signalée par quelque triste événement... Je suis résignée à tout, et je mets ma confiance dans le cœur de mon mari.

—Ah bien alors, puisqu'il en est ainsi, tant mieux! je n'aurai pas à prendre de grandes précautions oratoires: vous avez raison de placer votre confiance dans le cœur de votre mari, ça répond à tout... Vous avez là une ingénieuse idée... C'est égal, défiez-vous toujours de son premier mouvement, et tâchez de n'être pas seule: car, hélas! pauvre chère enfant, je suis bien faible, bien vieille, et je ne pourrais pas vous défendre.