En entrant chez moi il m'embrassa tendrement et me dit:
—Pardon, mille pardons, ma chère Mathilde, de vous avoir peut-être inquiétée; mais je me suis laissé aller, comme un enfant, au plaisir de la chasse, et, comme toujours, j'ai compté sur votre indulgence.
Les excuses de mon mari me surprenaient: depuis longtemps il ne m'en faisait plus.
—Je suis ravie,—lui dis-je,—que cette chasse ait été heureuse; vous semblez moins soucieux que ces jours passés.
—Mon Dieu, rien de plus simple; vous le savez, souvent les plus petites causes ont de grands effets. Ce matin, en m'en allant sur mon poney, j'étais de mauvaise humeur, je commençai la chasse machinalement, sans plaisir; le ciel était voilé de brouillard. Tout à coup un brillant rayon de soleil perce les nuages, la nature semble s'illuminer, resplendir: je ne sais pourquoi je fis comme la nature; mais, j'étais morose, et je devins tout à coup heureux et gai... heureux et gai comme à vingt ans, ou mieux... heureux et gai comme le jour où vous m'avez dit: Je vous aime. Voyons... regardez-moi,—me dit Gontran avec charme,—regardez-moi et comparez, madame, si vous avez, comme moi, conservé un souvenir immortel de ce beau jour.
Cela était vrai, de la vie je n'avais vu à mon mari une physionomie à la fois plus riante et plus indiciblement heureuse.
—En effet...—lui dis-je sans pouvoir cacher ma surprise,—votre figure respire le bonheur et me rappelle bien de beaux jours...
—Oh! oui,—reprit-il avec expansion,—mon bonheur est immense, il resplendit autour de moi et malgré moi... Il s'agirait, je crois, de ma vie, que je ne pourrais cacher combien je suis heureux!
—Béni soit donc ce rayon de soleil, mon ami, puisqu'il a eu le pouvoir de vous changer ainsi.
Gontran me regarda en souriant.