—Sans, doute, voilà ce que croient les bonnes gens, les gens inoffensifs, vos amis enfin...
—Et nos ennemis, madame?
—Ah, ah, ah, vos ennemis, c'est bien une autre affaire! Ils croient, eux, que vous et Mathilde vous vous entendez comme deux larrons en foire: «S'il n'y avait qu'un coupable dans le ménage,—disent ceux-là,—soit l'homme, soit la femme, il y aurait eu scission entre eux. Une honnête femme ne reste pas avec un homme déshonoré. Elle peut sacrifier son honneur pour sauver celui de son mari; mais une fois le sacrifice accompli, elle l'abandonne. Si elle reste avec lui, elle lui devient complice... D'un autre côté, un honnête homme ne reste pas avec une femme qui l'a outragé... S'il n'a pas de fortune, eh bien! il vit de privations plutôt que de laisser soupçonner qu'un honteux intérêt le retient auprès d'une épouse adultère...» Ainsi donc que concluront vos ennemis, ces langues assassines et vipérines, en vous voyant toujours si bien ensemble? Ils concluront que vous avez l'un pour l'autre toutes sortes d'abominables tolérances.
—Enfin... enfin je devine tout maintenant!—m'écriai-je en interrompant mademoiselle de Maran. Votre haine vous a emportée trop loin, madame; vous vous êtes trahie malgré vous... Béni soit Dieu qui nous dévoile ainsi les inimitiés qui nous poursuivent!...
—Comment... comment... Elle est folle, cette petite...—dit mademoiselle de Maran.
—Gontran... Gontran... je me demandais pourquoi celle qui est pourtant la sœur de mon père était venue ici... Elle vous l'apprend... Oui... madame... maintenant je comprends tout... Vous voulez par vos calomnies élever d'affreuses discussions entre nous et nous désunir... En effet, madame, c'eût été un beau triomphe pour vous... Il y a une année à peine que nous sommes mariés! et une séparation perdait à jamais ou moi ou Gontran, car elle autorisait les bruits les plus odieux.
La contraction des sourcils de mademoiselle de Maran me prouva que j'avais frappé juste.
Elle se prit, selon son habitude, à rire aux éclats pour cacher sa colère:
—Ah!... ah!... ah!... qu'elle est donc amusante, cette chère petite, avec ses suppositions. Mais, folle que vous êtes, est-ce que je vous parle en mon nom? Je viens en bonne et loyale parente, s'il vous plaît, ne l'oubliez pas, vous dire: «Mes chers enfants, prenez garde, voici ce qu'on croit... Ce n'est pas un vain bruit, un caquet, un propos; ce sont les convictions de personnes sérieuses, graves, dont la parole a la plus grande autorité... Maintenant que le monde interprète ainsi votre conduite, puisqu'il est impossible de lui ôter cette créance... puisque vous êtes déshonorés sinon l'un et l'autre... du moins l'un ou l'autre... je viens en bonne et loyale parente vous...»
Gontran interrompit mademoiselle de Maran et lui dit: