L'accent d'Ursule avait une telle autorité que, malgré moi, je l'écoutai en silence.

—Oui,—reprit-elle,—je savais irriter la passion de votre mari. Ce calcul de ma part doit vous rassurer sur ce que je ressentais pour lui, mais non sur ce qu'il ressentait.. sur ce qu'il ressent encore aujourd'hui pour moi.

—Oh! c'est indigne!—m'écriai-je,—quelle odieuse calomnie! ce sont donc là vos adieux? en partant, vous voulez me laisser au cœur un affreux soupçon!

—Mathilde, par pitié pour vous, permettez-moi d'achever, mon mari peut arriver d'un moment à l'autre et rendre cet entretien impossible...

—Par pitié pour moi?...

—Oui... oui... par pitié pour vous, malheureuse femme... Écoutez-moi, croyez-moi, je cède à un mouvement de générosité qui me consolera peut-être un jour de bien des mauvaises actions... écoutez-moi donc: si ce n'est pour vous, que ce soit au moins pour l'avenir de votre enfant.

—Quoi! vous savez!...—m'écriai-je stupéfaite, car je n'avais confié ce secret qu'à Gontran.

—Oui, oui, je le sais,—reprit Ursule,—et cette raison surtout, en augmentant mes remords, m'a déterminée à agir comme je fais...

Après un moment d'hésitation, Ursule continua en baissant les yeux et d'une voix altérée:

—Vous vous souvenez bien, n'est-ce pas, de cet entretien si vif que nous eûmes ensemble?