Quelques jours après cet entretien, M. de Lancry envoya à Paris son valet de chambre, en qui il avait toute confiance.
Depuis le départ de cet homme, mon mari reçut presque chaque jour une lettre de lui.
J'attendais avec autant d'impatience que d'inquiétude la réponse de M. de Mortagne.
C'était la seconde fois que je lui écrivais. Je ne comprenais pas son silence.
Ma vie continuait de se passer triste et morne. Quelquefois je m'étonnais de ce que l'indifférence avait si subitement remplacé l'amour; cela était pourtant naturel.
Les sentiments violents et profonds ne peuvent passer par les pâles transitions d'un refroidissement successif.
Ils vivent toujours, ou ils s'éteignent comme ils sont venus... subitement, après avoir résisté longtemps, vaillamment, aux atteintes les plus cruelles.
Oui, ces sentiments tombent et meurent tout à coup, comme le guerrier qui s'aperçoit seulement en expirant qu'il est criblé de blessures et qu'il a perdu tout son sang dans le combat.
Une chose encore me surprenait et je ne savais si je devais en être fière ou honteuse... Cette désaffection me glaçait le cœur; mais bien des circonstances de ma vie m'avaient été plus douloureuses.
Était-ce du courage? était-ce de la résignation? était-ce de l'indifférence?