Quel était ce mystère, quelle était la cause secrète de ces agitations, de ces émotions? hélas! je le découvris plus tard; mais alors Emma l'ignorait comme moi.

A l'exception de ces ressentiments involontaires, imprévus, dont on ne pénétrait pas la cause, on pouvait tout lire dans cette âme ingénue, aussi pure, aussi limpide que le cristal.

Telle était Emma.

Peu à peu on verra ce caractère se développer dans sa charmante ignorance, comme ces fleurs précieuses qui n'ont pas la conscience des parfums qu'elles exhalent ou des couleurs qui les nuancent.....

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Quand j'étais à Maran, j'avais supplié madame de Richeville de ne pas m'écrire un mot sur M. de Lancry ou sur Ursule; je fuyais tout ce qui pouvait me rappeler leurs odieux souvenirs: une fois à Paris, entourée de nouveaux amis, je fus plus courageuse.

Madame de Richeville avait été renseignée par des personnes bien informées de la conduite de mon mari. Voici ce que j'appris.

Mademoiselle de Maran redoublait de calomnies et de méchancetés. Après avoir ramené Ursule à Paris, elle la logea chez elle, répandant le bruit que ma jalousie, aussi injuste que furieuse, avait provoqué la séparation de M. Sécherin et de sa femme; que j'avais dénoncé ma cousine à son mari et donné comme preuves de la faute d'Ursule quelques trompeuses apparences.

Ma tante ajoutait que ce procédé était d'autant plus indigne de ma part que ma liaison avec M. Lugarto ne me donnait ni le droit de me plaindre des infidélités de mon mari, ni le droit de blâmer la conduite des autres femmes. Enfin, M. de Lancry, déjà éloigné de moi par la violence de mon caractère, ayant découvert que, lors de son voyage en Angleterre, j'avais poussé l'audace jusqu'à aller passer une nuit dans la maison de M. Lugarto, m'avait abandonnée. Mademoiselle de Maran, malgré l'affection qu'elle me portait, disait-elle, ne pouvait s'empêcher de reconnaître que M. de Lancry avait eu raison d'agir ainsi, et elle croyait de son devoir de soutenir cette pauvre Ursule, victime de ma jalousie et de ma noirceur.

Ces médisances, si absurdes qu'elles fussent, n'en auraient pas moins été dangereuses, si madame de Richeville, pour prémunir ses amis contre ces infamies, ne leur avait pas raconté toute la scène de la maison isolée de M. Lugarto, telle que M. de Mortagne la lui avait dite à son lit de mort.