«Il y a dans sa joie quelque chose de sombre; dans son influence, dans sa fascination quelque chose d'étrange.
«Mademoiselle de Maran me dit quelquefois:—Je ne me suis jamais attachée à personne; personne ne m'a jamais dominée, et voilà que je ne puis plus me passer de cette jeune femme. Je sais qu'elle est malicieuse comme un démon; mais c'est égal, il me semble que le feu de ses grands yeux bleus éclaire tout autour de moi.» Mademoiselle de Maran a raison: ses yeux rayonnent d'un éclat extraordinaire, on dirait que la lumière dont ils brillent provient d'un foyer de lumière intérieure... Allons, je me tais, vous riez et vous m'accusez de croire au diable...
«Adieu, j'ai la tête en feu; cette pensée rétrospective sur ces années passées me fait l'effet d'un songe douloureux.
«Que pensez-vous de tout ceci? répondez-moi, conseillez-moi, plaignez-moi.
«G. de Lancry.»
CHAPITRE VI.
RENCONTRE.
Après la lecture de cette lettre, je ne sus ce qui l'emportait dans mon âme, de l'indignation, de la pitié ou du mépris pour M. de Lancry; si j'avais conservé quelque regret du passé ou quelque sentiment de haine contre mon mari, j'aurais été bien cruellement vengée ou désolée.
Je ne pus néanmoins m'empêcher de sourire avec amertume en songeant aux sacrifices que mon mari faisait pour une femme qui le méprisait, tandis qu'il m'avait traitée avec la dernière dureté lorsque j'étais venue lui demander de changer de place le chenil de ses chiens, et de m'accorder une modique somme pour une œuvre pieuse.