—Tout cela est vrai; mais, prince, permettez-moi de vous demander comment vous savez...
—Ne le lui dites pas qu'il ne nous ait appris ce nom mystérieux,—s'écria madame de Richeville.
—Voyez comme il rougit!...—s'écria en riant madame de Semur.
M. de Rochegune avait en effet beaucoup rougi, il avoua franchement au lieu de s'en défendre.
—Oui, je rougis,—dit-il en souriant,—parce que je ne puis m'empêcher de rougir de reconnaissance en entendant ce nom qui m'a toujours porté bonheur; ce nom, symbole d'un souvenir qui m'a guidé, protégé, conseillé dans bien de graves circonstances de ma vie. Depuis que j'ai prononcé ce nom pour la première fois, il est devenu pour moi comme un talisman; je professe pour lui l'idolâtrie la plus aveugle. Tenez, on m'a dit ce matin que j'avais fait un bon discours à la chambre des pairs: eh bien! c'est parce que je l'avais mentalement invoqué, j'en suis sûr!
—Mais,—dit madame de Richeville,—c'est justement à cause de toutes ces merveilles que nous brûlons de le savoir.
—Ce que vous venez de nous dire là nous rend plus impatientes encore,—dit madame de Semur.
—Parlerez-vous enfin?—s'écria madame de Richeville.—D'abord nous vous tourmenterons jusqu'à ce que vous nous ayez éclairci ce mystère. Le prince dit que nous connaissons la personne qui porte ce nom... que nous l'aimons... Voyons, dites-nous cela... C'est à en perdre la tête...
—Je serais désolé,—reprit sérieusement M. de Rochegune,—que vous pussiez croire, madame, que je crains de dire et de répéter ce nom. Le sentiment qui m'a dicté ce que j'ai fait est trop honorable pour que je ne m'en glorifie pas toujours, partout, et très-hautement, je vous le jure... Mais je suis certain que le prince pense, comme moi, qu'en ce moment je ne puis satisfaire votre curiosité. S'il est d'un avis contraire... je me rends.
—J'aurais bien envie de vous prier de parler,—dit le prince en souriant.—Je me vengerais ainsi de...