—Eh bien! ces divines jouissances, ces hautes inspirations, je les ai demandées à un adorable chef-d'œuvre de la nature, à un être idéal de bonté, de grâce, de noblesse, et je les ai obtenues. Les derniers vœux de mon père, ceux de M. de Mortagne, le pieux respect que m'inspirèrent vos chagrins, ont encore augmenté le culte passionné que je vous ai voué. Vous êtes devenue pour moi comme un être intermédiaire entre ce qui est divin. Depuis que je vous connais, c'est à vous que j'ai toujours reporté mes meilleurs instincts, parce qu'ils sont toujours venus de vous: en mêlant votre nom, votre pensée à de généreuses actions, ce n'était pas une flatterie que je vous adressais, c'était un de vos droits que j'acquittais.

—Vous aviez pourtant d'autres souvenirs que le mien à invoquer,—lui dis-je pour changer le cours de cet entretien, qui commençait à m'embarrasser,—l'homme admirable qui vous a élevé dans de si nobles sentiments...

—Mon père...? il avait pressenti ce que vous seriez... il avait espéré nous unir l'un à l'autre,—me répondit gravement M. de Rochegune.—C'est penser à lui que de penser à vous... son souvenir auguste et sacré plane au-dessus de l'attachement que j'ai pour vous... Ainsi, rassurez-vous; ne me croyez surtout pas capable de vous dire des galanteries, de vouloir, comme on dit vulgairement, vous faire la cour... Vous faire la cour! On ne fait pas la cour à une femme comme vous... dès qu'on la connaît, on l'aime comme elle mérite d'être aimée. C'est ce que j'ai toujours fait.

—Monsieur de Rochegune...

—Cet aveu... ne peut vous offenser, ne doit même pas vous étonner...

—Cependant...

—Et bien plus, lorsque vous saurez ce que je veux être pour vous, ce que je voudrais que vous fussiez pour moi, vous me saurez gré de cet aveu.

—Vraiment, monsieur?—lui dis-je, ne pouvant m'empêcher de sourire de sa vivacité.

—Et il se pourra même que vous en soyez heureuse.

—Heureuse?