—En vous prouvant que vous n'avez jamais aimé, que vous ne pouvez aimer qu'un homme digne de vous, je vous amène nécessairement à avouer que vous aimerez un jour.

—Je n'avoue pas cela du tout... Qui vous dit d'abord que je trouverai cet homme digne de moi; et puis enfin, qui vous dit que je l'aimerai...

—Tout me le dit. Ce sera une des exigences de votre position; mais votre caractère, vos principes sont tels, que lorsque vous aimerez il faudra que non-seulement vous puissiez avouer hautement votre amour, mais vous en glorifier à la face du monde...

—Un tel amour est rare...

—Et les hommes dignes de l'éprouver plus rares encore. Aussi vous dis je que lorsque vous aurez rencontré un de ces hommes, forcément vous l'aimerez, tout vous y poussera, le besoin de votre cœur, la fierté d'être aimée ainsi, les mystérieuses affinités qui rapprochent les âmes supérieures.

—Mais cet homme?

—Cet homme, si vous le voulez, ce sera moi...

—Vous?...

—Moi... Je vous dis cela, parce que je me crois digne de vous.

—De la part de tout autre, cette assurance serait le comble de la fatuité,—dis-je gravement à M. de Rochegune en lui tendant la main;—mais vous, je vous crois... vous aviez raison, je suis heureuse et fière de cet aveu.