Oh! je ne saurais dire mon effroi en contemplant l'avenir, mes sombres prévisions, mes vagues épouvantes!

Il faut tout avouer... hélas! dans mon désespoir, je regrettai d'être si haut placée dans l'opinion du monde! je ne pouvais en déchoir sans paraître doublement coupable.

Oui, quelquefois j'ambitionnais la condition commune; si j'avais failli à mes devoirs, le monde, disais-je, n'aurait pas été pour moi plus intolérant que pour tant d'autres femmes, l'odieuse conduite de mon mari m'eût encore excusée.

Que faire, me disais-je, que faire? Fuir... abandonner ce que j'aime... mais c'est m'isoler encore, mais c'est me vouer encore aux larmes, au désespoir... Non, non, je suis lasse de souffrir. Et puis quitter des amis si bons, si dévoués; et puis enfui le quitter, lui... car je l'aime... je sens que je l'aime avec passion... avec idolâtrie.

Hélas! en était-il donc de cet amour comme de tous les amours, dont l'irrésistible puissance se révèle aux premiers chagrins?...

Pour la première fois il me coûtait des larmes... pour la première fois j'en reconnaissais toute l'immensité......

. . . . . . . . . .

J'attendais avec une anxiété cruelle le moment de vérifier si mes alarmes étaient fondées. Peut-être mon imagination avait-elle exagéré mes ressentiments.

Si, lors de ma première entrevue avec M. de Rochegune, je ne m'apercevais d'aucun changement dans mes impressions, je devais être rassurée.

Vers les six heures, je montai chez madame de Richeville. M. de Rochegune y dînait avec moi ce jour-là, et nous devions aller ensuite au concert.