—Tenez... ne me répétez pas que vous les avez lues, ces lettres, ou je ne réponds plus de moi...
Je sonnai précipitamment. Mon valet de chambre entra.
—Restez dans le petit salon,—lui dis-je d'une voix ferme;—j'aurai tout à l'heure quelques ordres à vous donner.
Ces mots rappelèrent M. de Lancry à lui-même... Il fit quelques pas avec agitation et revint vers moi...
—Mais comment avez-vous ces lettres en votre possession?... Par l'enfer, il faut que je le sache à l'instant même.
—Peu vous importe, monsieur, de savoir de qui je les tiens... Ce qui est certain, c'est qu'elles sont entre mes mains. Si vous m'y forcez, j'en ferai usage.
—Et vous les avez déjà montrées sans doute,—s'écria-t-il avec une bonté désespérée;—vous les avez colportées dans votre société pour montrer jusqu'à quel point Ursule me bafouait et me rendait malheureux, n'est-ce pas? Oh! comme vous avez dû triompher, vous et vos imbéciles amis! Vous et eux avez bien ri de ces plaies saignantes de mon âme, n'est-ce pas? Ç'a été un amour bien ridicule, bien niais que le mien, n'est-ce pas? Me ruiner pour une femme qui se moquait de moi... Voyons,—ajouta-t-il avec un éclat de rire convulsif,—combien vous et Rochegune en avez-vous fait de copies? combien y en a-t-il en circulation à cette heure?
Cet ignoble soupçon me révolta.
—J'ai le malheur et la honte de porter votre nom, monsieur; cette punition est assez humiliante pour que je ne l'augmente pas encore.
—Cela n'est pas répondre. Les lettres, qui vous les a remises? depuis quand les avez-vous?