Après une nouvelle pause, il continua:

—J'ai donné mes soins à mademoiselle Emma, soit au Sacré-Cœur, soit ici. Son caractère m'a toujours semblé d'une exaltation concentrée, son imagination très-vive, son esprit très-impressionnable, sa candeur profonde... Je ne sais si je me suis trompé.

—Nullement, monsieur;... seulement, avec madame de Richeville et avec moi, Emma est toujours d'une franchise, d'une expansion pour ainsi dire involontaire, tant elle est chez elle impérieuse...

M. Gérard réfléchit quelques instants et reprit:

—C'est aussi ce que m'a souvent dit madame de Richeville; et cette assurance, de la part d'une personne qui connaît si bien mademoiselle Emma, avait suffi pour écarter jusqu'ici certains soupçons qui m'étaient venus, et que je regrette amèrement de ne vous avoir pas plus tôt confiés.

—Comment cela, monsieur?

—J'aurai bientôt l'honneur de vous dire pourquoi... Madame, selon moi, la cause de la maladie de mademoiselle Emma est toute morale: ses rêveries plus fréquentes, son état de langueur datent depuis assez longtemps; mais ces symptômes ont un caractère plus sérieux depuis quelques semaines, subitement grave depuis quelques jours, et sérieusement alarmant depuis hier... Maintenant, ce qui me reste à vous dire, madame, est très-délicat; mais il y va presque de la vie de cette enfant.

—Monsieur, de grâce!

—Eh bien!... madame... vous qui voyez chaque jour mademoiselle Emma, vous qui vivez dans son intimité, n'avez-vous aucune raison de lui soupçonner... un penchant... une inclination contrariée?

—A Emma?... non, monsieur... aucune... Mais qui peut vous le faire croire?