—Sans doute, monsieur... il faut la sauver,—dis-je presque machinalement.

—Ainsi, par exemple, si vos paroles ramenaient quelque résultat inespéré, vous pourriez peut-être, pour porter un coup décisif, lui faire entrevoir l'espérance de se marier avec M. de Rochegune... Encore une fois, elle est en danger de mort, il s'agit de la sauver... Si cette union est impossible, on le lui apprendra plus tard, peut-être avec moins de danger: on n'éprouve pas deux fois des crises pareilles.

—Vous croyez, monsieur?

—Sans aucun doute... Si par miracle elle revenait à la vie, on la laisserait dans cette confiance jusqu'à son rétablissement, nécessairement très-prompt. Le bonheur est un si grand sauveur! dans les maladies morales, il opère souvent des merveilles. Allons, madame, je n'ose vous dire d'espérer... mais courage... Sans doute votre responsabilité est grande; mais personne mieux que vous ne peut tenter cette épreuve, qui exige tant de délicatesse, tant de tact et tant de dévouement: vous êtes l'amie intime de madame de Richeville, presque la sœur de cette pauvre enfant; la dernière chance qui la rattache à la vie ne peut être confiée à des mains plus sûres et plus dévouées... A ce soir donc, madame, je reviendrai.

Après avoir ordonné quelques prescriptions, il sortit.

Une des femmes de madame de Richeville vint me prévenir que la duchesse était toujours dans un état nerveux déplorable.

Je lui dis de retourner auprès de sa maîtresse, qu'Emma sommeillait.

Et je restai seule...

Seule avec cette malheureuse jeune fille, qui, dans son innocence, me portait le coup le plus cruel qui pût m'atteindre...

O mon Dieu, vous le savez, je tombai à genoux auprès de ce lit funèbre, je vous suppliai avec ferveur de chasser de moi les détestables pensées, les instincts homicides... oui, homicides... car quelquefois on tue par la parole ou par le silence, comme on tue avec le fer.