La femme de chambre que ma tante m'avait donnée me répétait les mêmes paroles. Enfin, dans la maison, tout le monde, jusqu'à Servien, se mit à me flatter à l'envi.

Ma pauvre Blondeau, avec cet instinct, cette profonde sagacité de cœur que donne le dévouement, fut effrayée de ce revirement subit dans les procédés de ma tante. Ce fut elle alors qui me gronda, qui me reprocha de penser trop à ma toilette, de négliger mes prières, de devenir hautaine, capricieuse.

Malgré mon attachement pour cette excellente femme, je fus choquée de ses remontrances. Elles me parurent d'autant plus pénibles, que jusqu'alors elle m'avait toujours traitée avec la tendresse la plus idolâtre.

Je sentis mon affection pour elle se refroidir; au contraire ma confiance s'augmentait envers mademoiselle Julie, ma femme de chambre, qui ne manquait aucune occasion de m'irriter contre ma gouvernante.

Malgré les prévenances de mademoiselle de Maran pour moi, je ne pouvais encore surmonter la frayeur et l'aversion qu'elle m'avait inspirées; j'y tâchais cependant de toutes mes forces, croyant de ma reconnaissance de lui témoigner quelque attachement.

Je faisais vraiment des progrès rapides; je m'appliquais avec ardeur au dessin, à la musique, à l'étude de l'anglais et de l'italien, afin de ne pas être trop au-dessous de ma cousine Ursule d'Orbeval, dont ma tante ajournait sans cesse l'arrivée.

Ma tante ne sortait que très-rarement; elle m'envoyait presque chaque jour me promener au bois de Boulogne, dans sa voiture, avec mademoiselle Julie, car je ne cachais pas ma préférence pour cette fille.

Pendant toute la promenade, elle ne cessait de me répéter que tout le monde me regardait avec admiration.

Enfin, depuis près d'une année que ma tante s'occupait particulièrement de mon éducation, je n'étais plus reconnaissable: mon instruction avait beaucoup gagné, mon esprit s'était développé; mais le germe des plus mauvaises passions commençait à fermenter en moi.

Malgré le christ d'ivoire qui ornait l'alcôve de ma tante, elle ne pratiquait en apparence aucun acte religieux.