CHAPITRE III.

LE SALUT.

Le médecin m'avait laissé un cordial d'un effet puissant... me recommandant d'en user s'il était nécessaire de soutenir, de remonter le moral d'Emma pendant quelque temps.

Profitant de sa faiblesse, je présentai à ses lèvres une cuillerée de cette potion; elle but machinalement.

Quelques minutes après, une faible rougeur colora ses joues, et elle ouvrit des yeux étonnés, comme si elle sortait d'un songe.

Ne voulant pas laisser revenir sa pensée sur la douloureuse impression qui avait causé son évanouissement, voulant frapper un coup décisif, je m'écriai:

—Réveillez-vous donc, paresseuse! M. de Rochegune vient d'arriver; il est là avec madame de Richeville.

A peine le nom de M. de Rochegune avait-il été prononcé, que le cœur d'Emma recommença de battre avec une force qui m'effraya.

Elle me regarda d'un air surpris, radieux, mais sans la moindre confusion.