—Hé bien, madame?—me dit-il avec anxiété.
Sans lui répondre, je lui montrai Emma d'un coup d'œil, et je cachai ma figure dans mes mains en pleurant.
Au bout de quelques secondes, passées sans doute à s'assurer de l'état de la jeune fille, M. Gérard s'écria avec une expression de joie indicible:
—Elle est presque sauvée. Vous lui avez parlé... Ah, madame! c'est une résurrection, un miracle! C'est admirable! Peut-être vous devra-t-elle la vie... Cette violente secousse a opéré le résultat le plus salutaire. Voyez... elle dort... elle dort profondément, et depuis cinq jours son repos n'était qu'une lourde somnolence. Mais comment lui avez-vous fait cette révélation, madame?
Je racontai tout au médecin, excepté ce qui me concernait.
Quand je lui eus dit de quelle manière j'avais appris à Emma le prétendu retour de M. de Rochegune, d'abord il frémit; puis il se rassura, en me disant:
—Vous avez eu, madame, plus de courage, plus de raison que je n'en aurais eu. Cette jeune fille était perdue, une crise violente pouvait seule la sauver. Des ménagements n'auraient pas amené ce résultat inespéré... Il y a tout lieu de penser qu'elle entrera rapidement en voie de guérison. Maintenant, madame, pour terminer votre ouvrage, vous comprenez qu'il est de la dernière importance que vous assistiez à son réveil... Elle croira d'abord avoir été le jouet d'un songe; ce sera à vous de la rassurer par de nouveaux détails, de donner de la vraisemblance au récit que vous avez été obligée de lui faire: et surtout, madame, empêchez-la de soupçonner que ceci n'est qu'une feinte; une rechute s'ensuivrait, et une rechute serait mortelle. M. de Rochegune n'est pas ici... il faudrait le prévenir... il est fait pour comprendre toute l'importance de son prompt retour.
Je songeai à la lettre que je lui avais envoyée par un courrier, en lui disant de revenir en hâte... et je dis:
—M. de Rochegune est prévenu, monsieur; il sera ici après-demain sans doute...
—Déjà prévenu, et prévenu par vous!—s'écria M. Gérard.