—Vous ne croyez pas?

—Cela est impossible à croire, parce que cela ne peut pas être, parce que cela n'est pas.

—Je le sens, une âme comme la vôtre doit regarder une telle faiblesse comme impossible; mais...

—Je n'analyse pas, je ne compare pas. Je vous dis simplement que cela ne peut pas être, que cela n'est pas. Ce qui m'inquiète, c'est votre agitation... votre pâleur. Quant à la cause qui vous fait tenir ce langage, je ne la devine pas maintenant... mais je la devinerai.

—Ne dois-je pas être émue, tremblante, désespérée, lorsque, victime d'un sentiment que je ne puis maîtriser, je réponds ainsi à votre amour?

M. de Rochegune haussa les épaules, et me dit avec un sang-froid qui me bouleversa:

—Nécessairement, Mathilde, il faut que vous ayez de bien puissants motifs pour m'accueillir par une telle révélation... Heureusement ma foi en vous est à l'épreuve... j'ai assez étudié mon propre cœur pour connaître celui des autres, le vôtre surtout. Il ne s'agit que de me souvenir de ce que vous m'avez dit mille fois avant mon départ. Ce n'étaient pas là de vains mots; cela était vrai... senti...

—Mais...

—Mais... ma chère Mathilde, en vingt-quatre heures une femme comme vous ne se dégrade pas. La preuve que je ne vous en crois pas capable, c'est que je suis en cet instant ce que j'étais en entrant chez vous; je ne crois pas un mot de la fable de la visite de votre mari. Vous le méprisez, vous le haïssez au moins autant et plus que vous ne l'avez jamais haï; voilà la vérité.

—Vous me croyez capable de mentir...