La lecture de cette lettre me laissa un étourdissement douloureux; mes idées bouillonnaient dans mon cerveau sans trouver d'issue.

M. Lugarto, avec une infernale sagacité, répondait d'avance à toutes mes objections, éveillait toutes mes craintes.

En songeant qu'Ursule pouvait plaire à M. de Rochegune, mon désespoir n'eut plus de bornes... Si Emma doit être perdue,—m'écriai-je,—que je ne sois pas au moins victime d'un sacrifice inutile!

Un moment je fus sur le point de tout dire à M. de Rochegune; j'allais lui écrire, lorsque cette voix divine qui venait toujours soutenir mes résolutions chancelantes me dit:

«—Courage.. courage... ne te laisse pas abattre; détourne tes yeux de l'abîme qu'un monstre t'a fait entrevoir pour te causer un affreux vertige et ébranler tes nobles déterminations...

«—Ne regarde pas à tes pieds, lève les yeux au ciel; mets ton espoir en Dieu, il ne te manquera pas...

«—Si l'homme que tu as cru digne de toi était capable de succomber aux séductions d'Ursule, pourrais-tu regretter son cœur? pourrais-tu envier cette femme?

«—Si Emma doit mourir en voyant qu'on lui préfère une autre femme, que ce ne soit pas toi qui lui portes ce coup fatal... reste-lui au moins pour la consoler; si tu n'y parviens pas, si elle succombe, n'oublie pas sa mère, qui a été pour toi presque une mère...

«—Quant aux mystérieuses menaces de ce monstre, qu'elles ne t'épouvantent pas; chasse de vaines terreurs... sois courageuse, forte; envisage fermement ce qu'il peut contre toi, et tu mépriseras sa vengeance. Courage, encore un pas... peut-être la récompense de tant de sacrifices n'est pas éloignée.»

Ainsi que toujours, ma résolution revint après un abattement passager.