—Comment? vous eussiez permis à Ursule de m'attaquer... vous, mon ami! je ne le crois pas.
—Tout ceci est passé maintenant, Mathilde; je puis vous avouer ma faiblesse... ma lâcheté.
—Expliquez-vous, de grâce.
—Eh bien, lorsque, dans ma dernière entrevue, elle m'eut bien convaincu de votre redoublement de passion pour votre mari, je ressentis contre vous presque un mouvement de haine; en vous comparant, vous si pure, à Ursule si corrompue, je me disais:—Peut-être que si je l'avais aimée, cette femme, malgré sa dépravation, m'aurait causé moins de chagrin que Mathilde.
—Ah! mon ami, quel blasphème!
—Je vous dois la vérité tout entière, ce sera ma punition... J'étais sous le coup de l'indignation que me causait votre abandon; je me disais encore:—Après tout, le mal qu'Ursule a fait à Mathilde a cessé, puisque celle-ci aime son mari plus passionnément que jamais... Pardonner à M. de Lancry, n'est-ce pas pardonner à Ursule?... pourquoi serais-je envers celle-ci plus sévère que Mathilde?
—Comment... vous, mon ami... avez-vous pu vous abuser par de tels paradoxes?
—Le désespoir est un mauvais conseiller, Mathilde... Que vous dirai-je? une fois dans cette méchante voie, ce fut avec une sorte de satisfaction odieuse que je dis quelques mots de bonté à cette femme, votre plus mortelle ennemie. Je me plaisais à me rappeler la causticité, le brillant de son esprit.
—Et Ursule... a, je pense, répondu à votre attente?—dis-je à M. de Rochegune avec amertume.
—Heureusement,—reprit-il,—je l'ai trouvée stupide.