CHAPITRE IX.
LES FIANÇAILLES.
M. de Rochegune avait écrit un mot à madame de Richeville pour la prévenir de son absence, causée, lui disait-il, par quelques affaires importantes.
Le lendemain de ce départ, j'annonçai à Emma qu'elle devait se résoudre à ne pas revoir M. de Rochegune de très-longtemps peut-être, les raisons de famille qui lui avaient fait jusqu'alors différer la demande de sa main semblant augmenter de gravité... Je dis enfin à cette pauvre enfant que M. de Rochegune était si désespéré de la quitter, qu'il n'avait pas le courage de venir lui dire adieu.
Je m'y attendais; Emma fut douloureusement frappée de ce coup imprévu, qui venait si soudainement briser ses espérances, ou du moins les ajourner presque à l'infini; mais je devais risquer beaucoup pour assurer son bonheur.
Sans être aussi sérieux qu'ils l'avaient déjà été, une partie des symptômes de la première maladie d'Emma se renouvelèrent.
Elle retomba dans ses tristesses mornes et accablantes. Son chagrin, dont elle savait alors la cause, eut une réaction peut-être plus lente, mais plus profonde.
J'avais été obligée de mettre le docteur Gérard dans ma confidence, car je ne voulais pas compromettre trop dangereusement la santé d'Emma.
Il approuva mon dessein, me garda toujours le secret auprès de madame de Richeville, et lui donna encore le change sur la maladie de sa fille.