—Son absence, ainsi que je vous l'ai dit, n'a eu pour but que de réfléchir plus à loisir à cette grave détermination. Dans quelques années, l'âge mûr commencera pour lui. Il est isolé... l'avenir l'inquiète... lui semble sombre, désert... Il ne m'aime plus d'amour... ainsi qu'il vous l'a dit, et il ne ment jamais: ce sentiment est mort en lui... Par cela même que je tenais une grande place dans sa vie, et que je ne l'y tiens plus, il sent le besoin de se créer des liens durables, de chercher le bonheur dans les pures affections de la famille.

—Lui!... se marier... se marier!—répéta madame de Richeville avec surprise;—et c'est à vous, à vous qu'il fait cette confidence?

—Je suis toujours son amie... ne devait-il pas m'instruire d'un projet si important?

—Sans doute... Mathilde... et pourtant vous consulter à ce sujet... vous, qu'il a tant aimée... c'est presque cruel!

—J'ai vu dans cette confidence non de la cruauté, mais de l'affection... Comme lui, j'ai froidement envisagé sa position; que voulez-vous qu'il fasse désormais? Ne trouvez-vous pas naturel qu'il songe à l'avenir?... la femme qu'il choisira ne sera-t-elle pas bien heureuse? Vous connaissez la bonté de son cœur, la noblesse de son caractère; et s'il se marie, c'est qu'il se sait capable d'assurer le bonheur de celle qu'il épousera...

—Oh! je n'en doute pas... tous les liens, tous les devoirs sont sacrés pour lui.

—Eh bien! alors... pourquoi vous étonner de son désir de se marier?...

—Ah! Mathilde... il n'y avait qu'une femme digne de lui.

—Je ne pense pas tout à fait comme vous, mon amie; mais je crois que M. de Rochegune, à cause même de ses rares qualités... doit être aussi difficile à marier qu'Emma par exemple.

—Ah! Mathilde, à cette heure, je voudrais n'avoir que cette préoccupation.