—Est-elle donc divertissante avec ses imaginations funèbres! Mais vous l'avez porté il y a sept ans, le deuil de votre mère; c'est bien assez comme ça.

—Je l'ai porté sans savoir que je le portais, ma tante, dis-je en sentant les larmes me venir aux yeux. L'éclat de rire de ma tante m'avait douloureusement blessée.

—Ah! mon Dieu! que cette petite a donc de drôles d'idées,—reprit mademoiselle de Maran en riant de nouveau et en me prenant le menton.—Allons... allons.. follette, on vous passera ce beau caprice-là; c'est-à-dire que vous serez vêtue en noir, mais non pas en noir de deuil, s'il vous plaît; ce serait par trop ridicule... Mais vous aurez de belles robes de moire et de soie, pendant que cette pauvre Ursule n'aura que des robes de laine... ce qui la fera bien enrager.

—Je voudrais n'être jamais mise autrement que ma cousine, ma tante.

—Comment! c'en est déjà à ce point-là? s'écria mademoiselle de Maran en attachant sur moi ses yeux perçants.—Mais c'est encore bien mieux que je ne le pensais. Allons... allons... rassurez-vous, une fois le deuil fini, vous serez toujours mises comme les deux sœurs; vous êtes assez riche pour faire de temps en temps cadeau d'une belle robe a votre cousine, qui n'a pas le sou.

—Ma tante, vous ne me comprenez pas—m'écriai-je avec impatience;—puisque Ursule est pauvre, je voudrais être mise comme elle et non pas qu'elle fût mise comme moi.

Mademoiselle de Maran me regarda encore attentivement, et dit de son air sardonique:

—Ah çà! mais à qui en a donc aujourd'hui cette petite avec ses superlatives délicatesses? Comme c'est touchant... ça tient de famille. Puis elle ajouta en se parlant à elle-même: Au fait, tant mieux.—Et s'adressant à moi: Bien... très-bien... petite, vous ne sauriez trop traiter Ursule en sœur. Je vois avec joie se manifester en vous les symptômes d'une grande délicatesse... d'une grande sensibilité. Tant mieux, je n'y complais pas, vous dépassez mes plus chères espérances.

Je sortis de chez mademoiselle de Maran, toute fière, tout heureuse.

J'allai vite trouver ma gouvernante pour lui apprendre le résultat de mon entretien avec ma tante.