M. Sécherin, ayant vaincu sa première stupeur, s'écria d'une voix retentissante d'indignation:

—Ma mère!... ma mère!... vous faites un martyr de cette femme... Dieu la prendra en pitié!

—Et votre martyre, à vous, insensé... et mon martyre, à moi... combien ont-ils duré?

—Mais elle se repent... ma mère... mais elle se repent...

—Elle redoute le châtiment de ses crimes... c'est là son repentir.

—Oui... comédie... comédie... n'est-ce pas, ma mère?

—Oui, comédie... oui... ces vains remords sont une comédie sacrilége... jouée en face de la tombe qui l'attend.—Puis s'adressant à Ursule avec une indignation croissante:—Par terreur d'une punition éternelle, vous vous repentez depuis quelques heures... vous! Et pendant trois ans... ce malheureux, renfermé dans la solitude que vous lui avez faite, n'a pas été un jour... une heure... sans verser des larmes de sang!... Vous vous repentez un jour... vous!... et pendant trois ans... moi qui n'ai que lui... moi qui ne vis que pour lui... j'ai vu... j'ai partagé ses tortures, parce qu'une mère endure tous les maux dont elle ne peut pas consoler son enfant!... Et parce que vous venez crier—Grâce... tant de tourments seraient oubliés! Comment? les uns auraient vécu de joies mondaines et de plaisirs adultères... pendant que les autres vivaient de pleurs et de désespoirs solitaires... et parce que l'indigne créature qui a causé tous ces maux renierait le passé qui l'épouvante!... bourreaux et victimes deviendraient égaux devant le Seigneur? Non, non, pas de pitié pour vous sur la terre, pas de pitié pour vous dans le ciel!...

M. Sécherin allait répondre.

Ursule lui prit la main et dit en tournant avec peine sa tête du côté de sa belle-mère:

—Hélas! madame! que puis-je faire... sinon me repentir? puis-je vaincre mes terreurs?... ai-je donc eu tort, mon Dieu! de vouloir avant de mourir demander pardon à ceux que j'avais offensés? Que peut faire une malheureuse créature que tout abandonne sur la terre, que tout menace... dans l'éternité, si ce n'est d'offrir en expiation... tout ce qu'elle peut offrir... la sincérité de ses remords?... Je vous ai fait bien du mal... madame... et aussi a votre fils... le meilleur des hommes... et aussi à Mathilde, qui avait été pour moi une sœur... ma vie a été bien coupable... ma fin est criminelle... je suis maudite par vous... mon père apprendra ma mort sans regrets... le monde dira que je suis justement punie...