J'ai oublié de dire que mon mari s'était absenté pour un voyage de quelques jours; il ne revint à Paris que le surlendemain de la mort d'Ursule.

Je ne savais pas quelles seraient ses intentions à mon égard lorsqu'il aurait appris ce cruel événement.

Je ne pouvais faire aucun projet; j'étais désormais en sa puissance. Mon retour volontaire auprès de lui avait à jamais rivé ma chaîne; pourtant ses dernières espérances détruites par le suicide d'Ursule, quel intérêt pouvait-il avoir à me garder auprès de lui?

Je comptais d'ailleurs sur un moyen que je croyais presque infaillible pour obtenir ma liberté.

Deux jours après le funeste événement, M. de Lancry entra un matin chez moi.

—Eh bien!—me dit-il,—vous devez être ravie, vengée!

—Pourquoi cela, monsieur?

—Votre ennemie acharnée... Ursule... n'est-elle pas morte?... Ç'a a dû être un beau jour pour vous que celui-là!...

—Je lui ai pieusement fermé les yeux, monsieur... Son repentir m'a fait tout oublier...

—Oh! certes,—dit-il avec un sourire amer,—le pardon des injures, c'est fort édifiant, et votre cousine vous avait donné de quoi exercer votre magnanimité...