Puis, continuant de s'adresser d'un ton sévère à ma cousine, qui, rouge de honte, fondait en larmes, elle lui dit durement:
—Comment n'avez-vous pas honte de supporter, d'exiger peut-être de pareils sacrifices de la part de cette enfant?
—Mais, madame,—s'écria la pauvre Ursule,—je vous assure que j'ignorais...
—C'est bon!... c'est bon!—dit mademoiselle de Maran,—je sais que penser. Et elle nous renvoya, après m'avoir encore tendrement embrassée.
Ses caresses me révoltaient. Je recommençais à la haïr plus que jamais. Je pressentais que son infernale méchanceté voulait m'aliéner mon amie.
Après cette scène je me jetai aux genoux d'Ursule en sanglotant. La pauvre enfant me rendit mes caresses, me remercia de mes assurances de tendresse; mais, je le vis, elle resta longtemps sous le coup de ses blessures, d'autant plus douloureuses qu'elle était fière et naturellement peu expansive dans le chagrin.
Toute ma terreur était que ma cousine me crût capable de faire quelques rapports à ma tante, ou du moins d'être complice ou flattée des louanges qu'elle me donnait.
Je résolus de me mettre en état d'hostilité envers mademoiselle de Maran, de l'irriter à tout prix contre moi, afin de bien prouver à Ursule que je n'étais pas traître, et que je voulais partager avec elle les gronderies de ma tante.
Il s'agissait de frapper un grand coup; mon inapplication, mon refus de travail, loin d'indisposer ma tante contre moi, avaient attiré de cruels reproches à Ursule; il fallait donc me rendre autrement coupable.
Je méditai longtemps ce beau projet; j'avais, me dit plus tard Blondeau, l'air grave, pensif et préoccupé. Je redoublai de tendresse à l'égard d'Ursule; mais je prenais toutes les précautions possibles pour qu'elle ne pût pas être accusée d'avoir connu mes desseins.