—Elle finit le sien en mettant au pillage une des corbeilles du petit parterre... Il n'y a rien de plus charmant que de la voir s'escrimer ainsi au milieu de ce massif de rosiers du roi tout trempés de rosée.
—J'espère que vous lui avez fait à ce propos un délicieux madrigal? Et encore non,—lui dis-je,—l'incarnat de ses joues est si fin, que ce serait faire injure à Emma que de la comparer à une rose du roi. Cela serait dire rougeur au lieu de délicate fraîcheur; une rose thé du Bengale... à la bonne heure, telle est la seule comparaison qu'elle puisse accepter.
—Et vous, ma pauvre Mathilde,—dit-il en me regardant avec intérêt,—quand pourra-t-on vous comparer à autre chose qu'à un beau lis? quand votre pâleur se nuancera-t-elle d'un peu de carmin?
—M. Gérard compte beaucoup sur mon séjour dans le Midi pour me remettre tout à fait, et j'y compte aussi, mon ami.
Il me regarda avec attention, et me dit en secouant tristement la tête:
—Serez-vous donc la seule parmi nous qui ne soyez pas heureuse, vous à qui nous devons la félicité dont nous jouissons?
—Mon ami, quelle idée! Ma pâleur n'est-elle pas naturelle après une longue maladie?...
—Mathilde, vous ne pouvez pas en convenir... votre mari vous tourmente... Jamais vous ne recevez de ses nouvelles.
—Il écrit généralement très-peu... et puis le service des postes d'Italie se fait mal, dit-on...
—Ah! Mathilde... Mathilde...—ajouta-t-il en soupirant.—J'en reviens toujours là... comment a-t-il pu vous quitter au moment où vous étiez tombée si gravement malade? Il n'y a pas d'affaire d'intérêt qui puisse motiver une pareille conduite!