Notre conversation fut interrompue par Emma. Elle tenait un bouquet de roses d'une main, et de l'autre plusieurs lettres qu'elle remit à son mari en lui disant:
—Le courrier vient d'arriver. Voici vos lettres, mon ami.
M. de Rochegune lui dit, en mettant les lettres dans sa poche:
—Madame de Richeville peut-elle nous recevoir, ma chère Emma?
—Sans doute, voilà plus d'une demi-heure qu'elle cause avec le bon abbé Dampierre.
—Votre curé, dame châtelaine,—me dit M. de Rochegune.
—Et c'est bien le meilleur et le plus pauvre des curés de campagne,—lui dis-je;—vous ne pouvez vous faire une idée de cette charité, de ce caractère vraiment évangéliques.
—Et comme il parle simplement et noblement!—dit Emma.—L'autre dimanche, à l'église, j'étais dans l'admiration. Tout ce qu'il disait était à la portée de ses paroissiens, et pourtant ce sermon aurait pu être tout aussi bien prononcé devant un roi et sa cour.
—C'est qu'il n'y a en effet rien de plus digne que la simplicité,—dit M. de Rochegune.—Je ne sais pas un homme d'une raison plus saine, d'un jugement plus sûr que ce bon abbé Dampierre. Ce que dit Emma est très-vrai: son langage serait partout remarquable, et il ne s'en doute pas; il s'ignore complétement... C'est l'un des hommes dont je fais le plus de cas... Cela est si rare, la grandeur dans la modestie!... C'est comme la grâce et la beauté dans la candeur... Bien entendu que je ne dis pas ceci pour vous, Emma; notre sœur Mathilde ne me le pardonnerait pas; elle est jalouse de toutes les louanges qu'on vous adresse... quand elles ne sont pas d'elle.
Pendant que M. de Rochegune parlait, Emma ne le quittait pas des yeux; ce n'était pas de l'amour, c'était une adoration passionnée de tous les moments. Elle ne vivait pas en elle, elle vivait en lui.