Emma s'interrompit et regarda madame de Richeville et l'abbé.

—Peut-on trouver une plus pauvre excuse!—dit celui-ci en haussant les épaules;—autant se plaindre des ravages du feu lorsque l'on a soi-même allumé l'incendie... N'est-ce pas, madame la duchesse?

—Sans doute, monsieur l'abbé,—répondit madame de Richeville un peu embarrassée; car, malgré son expiation, elle était restée d'une susceptibilité très-douloureuse à l'égard de tout ce qui pouvait faire allusion à sa conduite passée.—Puis s'adressant à Emma:—Continuez, mon enfant.

Emma continua.

«Mes parents m'ont mariée très-jeune à un homme qui m'a rendu la vie bien malheureuse. Ses défauts et ses mauvais traitements ont seuls causé mon affreuse inconduite, madame, je puis vous le jurer devant Dieu.»

—Oh!—s'écria l'abbé avec indignation,—quel sacrilége! invoquer le nom de Dieu pour attester sa honte!...

—C'est vrai, monsieur l'abbé,—dit ingénument Emma.—Comment ose-t-on faire un tel aveu? Et puis est-ce que quelque chose au monde peut excuser l'inconduite?—demanda-t-elle à madame de Richeville.—Il me semble que, si mon mari avait des torts envers moi, au lieu de l'imiter je tacherais de le ramener à force de résignation et de tendresse... Et puis au moins quelqu'un pourrait prier Dieu de lui pardonner ses fautes, si les prières des cœurs purs sont toujours écoutées.

—Ah! madame!—dit l'abbé avec émotion en s'adressant à madame de Richeville et lui montrant Emma,—voilà votre ouvrage, voilà le fruit de l'éducation que vous avez donnée.

Madame de Richeville rougit et ne répondit rien, mais son regard me disait combien cet entretien lui devenait pénible.

Je le sentais aussi, mais je ne savais comment rompre la conversation.