Ma santé n'était pas rétablie; j'avais eu même une légère rechute. Je répugnais à quitter mes amis dans ce moment, malgré les avis pressants, presque impérieux du docteur Gérard, qui s'intéressait véritablement à moi.

Voyant ses conseils rester toujours inutiles, il écrivit à madame de Richeville que ma santé ne se remettrait jamais, que ma poitrine même pourrait être gravement attaquée, si je m'opiniâtrais à ne pas vouloir aller passer l'automne et l'hiver dans le Midi.

Il fallut me rendre aux instances de mes amis et partir.

Emma et son mari devaient s'établir pendant quelques mois à Rochegune; madame de Richeville voulait retourner à Paris.

Malgré elle, malgré tous les raisonnements de M. de Rochegune, malgré toutes les assurances d'Emma, cette malheureuse mère souffrait toujours en présence de sa fille... de même qu'Emma ne pouvait vaincre sa sourde terreur d'avoir à jamais ulcéré le cœur de sa mère...

Lorsqu'elle me quitta, la duchesse me dit:

—«Je le savais bien, Mathilde... la justice du ciel ne pouvait pas être satisfaite... il fallait qu'elle m'atteignît par une terrible punition... En pouvait-il être une plus effrayante, plus providentielle!... Peut-on imaginer une position plus poignante que celle d'une mère qui se voit inexorablement accuser et juger devant sa fille... par la voix d'un prêtre vénérable; d'une mère... qui entend son enfant répéter les mêmes justes anathèmes!... Pourvu que la vengeance du ciel soit apaisée par ce que je souffrirai jusqu'à la fin de ma vie! et qu'elle ne me réserve pas un dernier coup... plus affreux que tous les autres!»

Hélas! je la compris, ses sinistres pressentiments ne la trompaient pas.

Mes amis me quittèrent.

J'embrassai Emma une dernière fois... hélas! pour la dernière fois... Je ne devais la revoir... jamais... jamais...