—Eh! mille tonnerres! il n'y a pas de madame ni de Lebœuf qui tienne; asseyez-vous là, on vous servira ce qu'on aura, mais vous n'entrerez pas là-dedans.

M. Godet l'aîné eut encore la force de contenir son indignation, et d'une voix qu'il tâchait de rendre calme:

—Une dernière fois, je vous déclare que je suis un des membres du déjeuner qu'on prépare là-dedans; et je vous somme, oui, je vous somme hautement... d'aller tout de suite chercher votre maîtresse...

—Tenez, mon brave homme... si vous n'étiez pas un homme d'âge, ce serait à vous cribler de coups de pied dans le ventre,—dit le brutal personnage; et il tourna le dos à M. Godet l'aîné.

Celui-ci, malgré les supplications de son frère, ne put s'empêcher de s'écrier:

—Il m'en coûte, il me peine de descendre jusqu'à me commettre avec un mercenaire; mais je ne puis résister au besoin de vous déclarer que vous êtes un fier drôle!... que vous devez être le roi des drôles!

Le garçon se retourna vivement et fit un geste si menaçant, que les deux Godet rompirent simultanément d'une semelle; mais ils gardèrent toutefois une attitude défensive, en présentant leur parapluie à leur adversaire comme on croise la baïonnette.

Malgré ce mouvement, le garçon s'avança d'un air menaçant:

—Vous voulez donc que je vous fasse une bosse au genou?...—dit ce brutal en faisant une allusion offensante à la complète nudité du crâne de Godet l'aîné.

—Insolent malfaiteur! il n'y a donc rien de sacré pour toi?—s'écria M. Godet en rompant encore d'une semelle.