—C'est maintenant qu'elle doit joliment mâchonner entre ses dents et se tortiller, colère comme une possédée,—dit Goujon.
—Ah! bien oui! je lui en défie, de se tortiller,—dit Servien.—Elle est impotente sur son lit... Il n'y a que sa main gauche qu'elle puisse remuer...
—Eh bien! elle se rattrape joliment sur sa main gauche,—dit le cuisinier.—Tenez... tenez... entendez-vous son bacchanal?... Allons, allons, j'en suis pour ce que j'ai dit... c'est une sonneuse...
—Mais c'est à devenir folle!—s'écria mademoiselle Julie.—Mais j'y songe, monsieur Goujon. Allez donc prendre l'échelle de la bibliothèque; le mouvement de la sonnette passe ici: nous allons le couper, et nous serons tranquilles.
On applaudit d'autant plus à l'excellente idée de la femme de chambre, que la sonnerie de mademoiselle de Maran devenait convulsive, incessante, et n'était interrompue que par de rares repos, que mademoiselle Julie, qui se piquait d'un peu de musique, appelait ingénieusement des points d'orgue.
Goujon apporta l'échelle; Servien lui confia une pince à déboucher le vin de Champagne. Le fil de fer du mouvement fut coupé au milieu d'un tintement formidable, et le bruit cessa subitement.
—Dieu... quelle figure elle doit faire dans son lit avec son chapeau de soie carmélite!—dit mademoiselle Julie en éclatant de rire.—Je ne voudrais pas m'en approcher à cette heure; elle me mordrait, bien sûr.
—Et voilà une morsure qui serait venimeuse,—dit le cuisinier.
—Mais pourquoi donc que madame s'ostine à porter un chapeau de soie et un casaquin puce dans son lit... puisque voilà deux mois qu'elle ne se lève plus?—dit Goujon.
—C'est un vœu qu'elle a fait au diable,—dit M. Servien avec un sérieux comique.