—La princesse est sans doute partie avec lui?—dit M. de Brévannes.

—Est-ce qu'on lui a donné là les premiers secours?—repartit madame Girard-Timoléon.—Mais répondez donc, vous restez là comme un tertre, sans mot dire.

—Je ne puis répondre à tant de questions à la fois.... D'après ce que j'ai pu recueillir dans la foule, selon les uns, le prince sortait d'une longue maladie, la chaleur de la salle l'a gravement incommodé; selon d'autres, c'était un accès de folie qui lui avait pris lorsqu'on le croyait pourtant complètement guéri; selon ceux-là, enfin, c'était une émotion violente et inattendue qui a causé sa défaillance.

—Pauvre prince, si jeune et si souffrant—dit naïvement Berthe à M. de Brévannes;—jusqu'à ses douleurs, tout est donc un mystère?...

—Ah! ma chère madame de Brévannes, comme cela est intéressant, n'est-ce pas?—s'écria madame Girard avec exaltation.—Quel dommage que nous n'ayons pas pu le voir! car il était tellement caché dans le fond de la loge que nous ne pouvions distinguer ses traits.

—J'avoue—dit Berthe—que j'aurais été curieuse de voir sa figure....

M. de Brévannes avait froncé le sourcil en examinant avec intention la physionomie de Berthe, lorsque celle-ci avait manifesté son intérêt pour M. de Hansfeld.... Il attendit avec une certaine inquiétude la réponse de madame Girard qui avait ajouté sentimentalement:

—En admettant que le prince fût jeune et beau, intéressant comme il l'est, on ne choisirait pas autrement son idéal si l'on était jeune fille et maîtresse de son cœur; n'est-ce pas, madame de Brévannes?

—Pourtant, bonne amie, il me semble que je n'ai pas contrarié votre inclination, et que....

—Ah ça! j'espère bien, Timoléon, que vous n'avez jamais eu la prétention d'être un être idéal, fantastique?