Un assez grand attroupement de curieux, formé autour du coffre où trônait le domino dont nous avons parlé, écoutait avidement les bizarres versions qui circulaient sur la vie mystérieuse du prince et de la princesse de Hansfeld.

Heureusement pour les curieux, ces récits n'étaient pas à leur fin.

—Il est à remarquer—reprit M. de Fierval—que madame de Lormoy, la seule personne qui voie assez intimement madame de Hansfeld, en dit un bien infini.

—C'est tout simple—reprit M. de Brévannes—le moindre petit rocher est toujours une Amérique pour les modernes Colomb.... Madame de Lormoy a découvert l'hôtel Lambert, elle doit raconter des merveilles de la princesse.... Mais, à propos de madame de Lormoy, que devient son neveu, le beau des beaux, Léon de Morville? Quelle heureuse femme adore maintenant sa figure d'archange, depuis qu'il a été obligé de se séparer de lady Melford?

—Il est toujours fidèle au souvenir de sa belle insulaire—répondit M. de Fierval.

—A la grande colère de plusieurs femmes à la mode—ajouta le domino—entre autres de la petite marquise de Luceval, qui affecte l'originalité comme si elle n'était pas assez jolie pour être naturelle; n'ayant pu enlever Léon de Morville à sa lady du vivant de cet amour, elle espérait au moins en hériter.

—Une liaison de cinq ans, c'est si rare....

—Ce qui est plus rare encore, c'est qu'on soit fidèle... à un souvenir.... Je n'en reviens pas—dit M. de Brévannes.

—Surtout lorsque le fidèle est aussi recherché que l'est Morville....

—Quant à moi, je n'ai jamais pu souffrir M. de Morville—dit M. de Brévannes.—J'ai toujours évité de le rencontrer.