—Parle... parle.
—Hélas! je suis aussi pauvre que vous, mais il me reste, Dieu merci, le talent que vous m'avez donné... Autrefois, il nous aida à vivre.... Depuis mon mariage, il a été ma consolation pendant de cruels moments de chagrins.... Il sera aujourd'hui notre ressource.
—Chère enfant... que veux-tu dire?
—Charles me laisse libre de vous consacrer les matinées du jeudi et du dimanche de chaque semaine.... Qui m'empêche ces jours-là d'avoir ici, comme autrefois, des écolières dans la chambre que vous m'avez conservée? je prierai quelques-unes de mes anciennes élèves de m'en chercher... et pour que l'amour-propre de mon mari n'en souffre pas, je donnerai, s'il le faut, les leçons sous mon nom de fille.... De la sorte, bon père, vous ne manquerez de rien, et....
Pierre Raimond interrompit Berthe en la prenant dans ses bras avec attendrissement.
—Pauvre chère enfant.... Non... je ne souffrirai pas que tu joignes les préoccupations de l'étude, du travail, à tes autres chagrins....
—Oh! mon père, ce sera au contraire pour moi la plus charmante des consolations... voyons... me refuserez-vous le seul bonheur peut-être dont je puisse jouir?
—Non... eh bien, non... mon enfant bien-aimée... cette résolution est noble, et belle... l'accepter... c'est l'apprécier ce qu'elle vaut....
—Vous consentez...—s'écria Berthe avec une joie indicible.
—J'y consens... et cette nouvelle marque de l'élévation de ton cœur m'impose plus que jamais le devoir d'exiger que ton mari te traite avec les égards, les soins, le respect que tu mérites, et aussi vrai que je m'appelle Pierre Raimond... non seulement je l'exigerai, mais je l'obtiendrai.