Jusqu'alors elle n'avait souffert des bizarreries de M. de Hansfeld que dans ses accès de colère ou plutôt de douleur désespérée. Il lui avait fait de vagues reproches, presque toujours suspendus par des réticences; mais jamais il n'avait formulé contre elle une accusation aussi précise, aussi terrible.
La princesse crut sincèrement que la raison d'Arnold était égarée. Celui-ci prit la stupeur de la princesse pour un aveu tacite, et lui dit d'une voix plus calme, mais avec une indignation profonde et concentrée:
—Vous voyez bien qu'il faut que vous partiez, madame, non par égard pour vous, mais par égard pour mon nom.... Je serai censé vous accompagner. Je passe pour fou—ajouta-t-il avec un sourire amer—on ne s'étonnera pas de mon départ précipité. Je resterai ici sous un nom emprunté. Excepté madame de Lormoy et un homme de ses amis qui est venu dans sa loge, personne ne me connaît; cette fable sera donc facilement admise.... D'ailleurs, je fréquenterai peu le monde; et dans un mois ou deux, avant peut-être, je quitterai Paris pour aller vous rejoindre en Bohème, où vous vous rendrez sous la conduite de Frantz, qui a mes ordres.... Alors je vous dirai mes volontés, sinon je vous les écrirai. Ce soir, vous irez à l'Opéra; on répandra le bruit de mon départ subit.... Ce sera une bizarrerie de plus; vous pourrez l'attribuer à l'aberration de mon caractère... on y croira sans peine. Vous partirez dans une voiture fermée; tous mes gens vous suivront; on croira facilement que je vous ai accompagnée. Un mot encore. Le mépris et l'exécration que vous m'inspirez sont tels, que je tiens à vous bien persuader que c'est non par clémence, mais par respect pour mon nom que je ne dévoile pas ici tous vos crimes.... Mais prenez bien garde; à la moindre hésitation de votre part à m'obéir, soit ici, soit ailleurs, je surmonte ce dégoût, et je vous abandonne à la vengeance divine et humaine.
Et le prince sortit.
Madame de Hansfeld l'avait écouté sans l'interrompre, se disant qu'il fallait toujours se garder de contrarier les fous.
Iris entra d'un air effrayé:
—Ah! marraine... quel malheur!—s'écria-t-elle.
—Qu'as-tu?...
—D'après vos ordres, je suis allée au troisième rendez-vous que m'a donné Charles de Brévannes....
—Eh bien!