—Ça serait très piquant, au moins... tu lui as peut-être caché que tu venais au bal de l'Opéra.... Dans sa candeur, elle l'aura cru... et dans sa candeur... elle sera venue de son côté.

M. de Brévannes endurait à merveille toutes les plaisanteries, sauf celles qui concernaient sa femme. Il ne put dissimuler sa mauvaise humeur, et tâcha de rompre la conversation, en disant à M. de Fierval:

—Venez-vous souper, Fierval? il est assez tard.

—Oh! affreux jaloux!—s'écria le domino—il est capable de faire, en rentrant chez lui, une scène horrible à sa malheureuse femme, le tout à cause de la plaisanterie stupide d'un domino.... Pauvre Berthe!

—La preuve que je ne suis pas piqué, beau masque—dit M. de Brévannes en riant d'un air contraint—et que je ne te garde pas rancune, c'est que je m'estimerais très heureux si tu voulais venir souper avec nous.

—Je suis trop généreuse pour cela.... Je ne pourrais m'empêcher de te dire de dures vérités... ce qui serait fastidieux pour les convives.... Leur seule compensation serait de te voir sous un nouveau et très vilain jour.... Et puis, enfin, il ne me convient pas encore de faire une exécution publique.... Si tu n'es pas sage... si tu reviens ici... je te retrouverai à l'un des prochains samedis, et alors... prends bien garde... ce coffre me servira de tribunal... et tu entendras de singulières choses si tu oses t'y présenter... mais tu n'oseras pas.

—Lui.... Brévannes?... ne pas oser?—dit Fierval en riant.

—Tu ne le connais donc pas, beau masque?

—Tu ne sais donc pas... qu'il peut tout ce qu'il veut?...—dit un autre.

—J'espère que vous ne reculez pas, Brévannes, et que vous reviendrez samedi—reprit Fierval—sage ou non.