Sa physionomie hautaine, froide, imperturbable pendant son entretien avec M. de Morville, était alors agitée par la violence des plus furieuses passions.
Ses yeux, un peu creux, étincelaient comme deux diamants noirs. Debout devant la glace de la cheminée, elle semblait vouloir pétrir le marbre du chambranle sous ses mains convulsives. Emportée par le flot de ses tumultueuses pensées, elle ne s'aperçut pas du retour de la personne qui l'avait accompagnée.
L'aspect de cette jeune fille était étrange.
Une couleur chaude, brune comme le bronze florentin, couvrait son teint mat et faisait ressortir la blancheur nacrée du globe de l'œil et le bleu clair de la pupille; ses cheveux châtains, épais, courts, frisés, se séparaient sur son front à la manière des hommes qui, de nos jours, portent leur chevelure très longue; ses traits, assez réguliers, avaient quelque chose de viril, de résolu; lorsqu'elle entr'ouvrait ses lèvres rouges et charnues, on voyait des dents très blanches, mais écartées les unes des autres.
Cette jeune fille, presque aussi grande que madame de Hansfeld, était beaucoup plus mince; elle portait une robe noire montante, et une petite cravate de soie serrait autour de son col sa collerette à plis très fins.
Coiffée d'un chapeau rond, enveloppée d'un long manteau, cette jeune fille avait pu passer pour un homme et accompagner madame de Hansfeld, qui craignait de revenir seule la nuit dans ce quartier désert et de se trouver presque à la merci d'un cocher.
Pendant l'entrevue du bal de l'Opéra, la jeune fille avait attendu la princesse dans un fiacre et l'avait ensuite ramenée.
Elle s'aperçut de la préoccupation de madame de Hansfeld, et lui dit:
—Marraine, il est bien tard... il faudrait vous coucher....
—Je l'ai vu! il peut me perdre!—s'écria impétueusement la princesse, le visage enflammé de colère, en se retournant vers sa filleule (nous l'appellerons Iris, en nous excusant de cette mythologie).