Arnold inclina avec accablement sa tête sur sa poitrine; ses mains blanches et effilées, se détachant du clavier, retombèrent inertes sur ses genoux. Sa taille mince et frêle se courba, la force factice, fiévreuse, qui l'avait jusqu'alors soutenu, l'abandonna; il s'affaissa sur lui-même....
Les premières lueurs d'une matinée d'hiver, se joignant à la clarté des bougies du lustre gothique, formaient une lumière fausse, lugubre comme celle des cierges qui brûlent pendant le jour autour d'un lit mortuaire; cette lumière tombait d'aplomb sur le front et sur la saillie des joues d'Arnold, car il avait la tête inclinée sur sa poitrine.
A travers ses longs cils baissés, on aurait pu voir la prunelle immobile perdre l'humide éclat de son bleu limpide, et devenir fixe, presque terne.
Ses doigts se roidirent par l'intensité du froid; car depuis longtemps le feu était éteint dans la vaste cheminée....
A ce moment, le tintement du timbre retentit de nouveau... et par deux fois.
Le prince sembla sortir d'un sommeil léthargique, se leva péniblement et alla au fond de la galerie, dans laquelle on ne pouvait entrer que par une petite porte épaisse et bardée de fer.
Arnold ouvrit à moitié et d'un air soupçonneux un guichet pratiqué dans cette porte, et dit d'une voix faible:
—C'est vous, Frank?
—Oui, Arnold... voici le jour.... Tiens... prends la cassette, mon cher enfant—répondit une autre voix un peu cassée.
—C'est bien vous.... Frank?—répéta le prince.